NOS FÊTES FORAINES, KERMESSES OU DUCASSES
Au cours des siècles, les notions, kermesse, procession, défilé,
foire et ducasse ont évolué. Les mots, foire et kermesse,
furent souvent confondus malgré leur origine différente. Foire
vient du latin « forum » : marché. Les foires, créations
civiles, servirent au commerce international jusquau milieu du 18ème
siècle et jouèrent donc un rôle économique essentiel.
Les kermesses par contre, jouissent à lorigine dun caractère
spirituel. La Kerkemisse était célébrée
chaque année pour comémorer la consécration de léglise.
Ce jour-là, les fidèles affluaient pour gagner des indulgences
et profitaient de loccasion pour se divertir. La ducasse
trouve son origine dans les dédicaces que les croyants organisaient
pour honorer leurs Saint-Patrons. Il ne fallut pas longtemps pour que les
réjouissances relèguent au second plan le caractère
religieux de nos fêtes.
La politique de rationalisation de Joseph II toucha le domaine des kermesses,
quil jugeait préjudiciable à la religion et à
lEtat. Lédit impérial du 11 février 1786
stipulait que toutes les kermesses dans lensemble du pays devaient
se dérouler le même jour, le deuxième dimanche après
Pâques. La force des habitudes populaires fit que cette réglementation
ne fut observée que peu de temps, il était effectivement plus
agréable que la kermesse du village voisin, tombe à une date
différente, de façon à pouvoir également y participer.
Nos conceptions actuelles sinspirent autant des belluaires antiques
et des danseurs de corde que des baladins et troubadours. Cette évolution
tranquille trouve sa plénitude dans un cercle de sciure imaginé.
Il faudra cependant attendre le 18ème siècle pour quun
sergent de cavalerie anglais, Phillip Astley, invente ou redécouvre
le cirque. Les funambules quittent leurs clochers, les jongleurs,
les équilibristes et les magiciens abandonnent les champs de foire,
pour la piste et ses lumières.
De curiosité en exhibition, la ménagerie et ses apports
exotiques font que Georges Wombwell, forain anglais, né en 1777,
va donner une impulsion extraordinaire à ce type de spectacles.
Epicier de son état, il achète en 1804 deux boas quil
installe dans son arrière-boutique où ses clients peuvent
les admirer moyennant quelques piécettes. La balance de son commerce
penche très vite en faveur des reptiles et lépicier
se reconvertit en montreur danimaux. Il achète voitures,
chevaux et pensionnaires, puis se lance sur les routes. Dix ans plus tard,
soixante chevaux tirent quatorze voitures, dont lune abrite un éléphant.
De nombreux établissements investissent les champs de foire, et
de longues files de voitures bâchées ou closes par des volets
sillonnent les campagnes deurope.
On ne peut écrire sur la fête foraine sans oublier de parler
de limportance des arts de la piste au sein de notre communauté.
Les circassiens au même titre que les forains font partie intégrante
de la famille des gens du voyage. Liés les uns aux autres par leurs
origines, leurs attachements aux traditions et leurs états desprits.
Excepté les descendants dont leurs origines foraines sont commerçantes,
tous les autres dont les origines sont banquistes, ont dans leurs ancêtres
quelquun qui, à un moment ou lautre, a fait le choix
entre le cirque et la fête foraine. Les kermesses favorisent à
lévidence la circulation de largent parmi les habitants,
ce dont bénéficient les commerçants (rôle économique).
Cest aussi loccasion idéale de côtoyer différentes
couches de population et de rencontrer les habitants des villes voisines
(rôle social). La diffusion didées, de produits, de
mentalités nouvelles est facilitée (rôle culturel).
Les autorités locale se soucient des possibilités damusement
( rôle politique). Et ce point est certainement important, eu égard
des réactions populaires lorsque le pouvoir voulu restreindre lampleur
des kermesses.
Merci à Franck Delforge pour avoir publié
ce texte. |